mer Août 10, 2022
mercredi, août 10, 2022

Équateur : même sous une dure répression, le soulèvement populaire maintient la résistance

CSP-Conlutas s’est entretenu avec Xavier Solis et Romel Sacta, avocats défenseurs des droits de l’homme en Équateur qui suivent la situation dans le pays.

 Par : Sâmia Teixeira

 En Équateur, depuis le 13 juin, un soulèvement populaire secoue le pays.

 Appelée par la Conaie (Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur), l’une des plus grandes et principales organisations représentant les différents groupes ethniques indigènes équatoriens, la mobilisation a été confrontée à une dure répression de la part de l’État.

 Avec un bilan inquiétant d’au moins deux morts, des dizaines de blessés et de détenus à la suite des manifestations réprimées, le gouvernement du banquier Guillermo Lasso a déclaré l’état d’exception, qui régit à ce jour six des 24 provinces du pays.

 Le mercredi 22, après 10 jours de manifestations nationales, une demande de révocation du décret a été refusée par le gouvernement, qui ne montre aucune volonté de dialogue avec les mouvements organisés et la population.

 Rapports locaux

 Les images de résistance et de volonté de lutte diffusées sur les réseaux sociaux, notamment par les groupes ethniques indigènes, sont inspirantes et montrent la force de ce mouvement qui peut influencer d’autres pays d’Amérique latine.

 Le mouvement, qui a commencé avec une adhésion moindre, a pris de l’ampleur après l’arrestation du principal dirigeant de la Conaie, Leonidas Iza, et a stimulé la participation d’autres secteurs de la classe ouvrière, ainsi que des jeunes et des étudiants.

 Ces derniers jours, selon Conaie, environ 10 000 indigènes se sont mobilisés vers la capitale, Quito. En outre, plusieurs peuples agissent dans d’autres régions, bloquant les routes et les voies de transport importantes, et protégeant leurs régions des attaques de la police.

 CSP-Conlutas s’est entretenu avec Xavier Solis et Romel Sacta, deux avocats équatoriens militants des droits de l’homme, impliqués dans les luttes et qui continuent à surveiller les différentes violations commises par le gouvernement de Lasso contre la population qui se soulève pour ses droits et sa dignité.

 Solis a expliqué que la situation actuelle « ressemble à la dictature des années 70, avec l’utilisation de l’armée à tout moment, et la répression brutale contre les manifestations ». Malgré cela, l’avocat a confirmé de nouvelles marches pour ce mercredi (22), dans plusieurs provinces et dans la région amazonienne, un secteur d’avant-garde où les indigènes répondent à la répression avec leurs gardes indigènes qui prennent soin de leurs territoires.

 « La répression est brutale, mais la résistance a répondu de manière plus importante. Même si le gouvernement a empêché l’entrée dans la capitale, avec un fort dispositif policier, 5 000, 10 000, 20 000 personnes sont entrées par différents points de Quito. Le gouvernement continue à ne pas vouloir dialoguer, il répond par des discours stigmatisants et racistes contre les manifestants, et a même pris le contrôle d’importantes institutions folkloriques, comme la Maison de la culture de l’Équateur et d’autres confédérations indigènes, envahissant ces espaces avec violence et intimidation », a-t-il déclaré.

 Il souligne la bravoure des indigènes, des paysans et des travailleurs des secteurs populaires qui ont exigé le départ de Lasso, pour un gouvernement ouvrier et paysan. « Le mécontentement populaire de la classe affirme que ce gouvernement ne les représente pas », a ajouté le militant.

 Les organisations syndicales équatoriennes ont également convoqué une assemblée et ont délibéré sur la participation, le 22 juin prochain, à la grande marche, cette fois-ci également convoquée par le FUT (Front uni des travailleurs) au niveau national.

 Romel Sacta, avocat spécialiste des droits de l’homme à Cuenca, estime que la participation de ces secteurs est essentielle pour maintenir la force de la mobilisation indigène, qui doit résister à l’intransigeance du gouvernement. « Petit à petit, différents secteurs se joignent à nous. Ce sont des étudiants, des travailleurs, des syndicats. Au début, les centrales syndicales n’ont pas manifesté leur soutien, mais sous la pression de la base, elles se sont impliquées et ont fait preuve de solidarité.

« L’adhésion de ces secteurs est fondamentale. Le gouvernement fait le pari que la CONAIE ne résistera pas à Quito, en raison des diverses difficultés à maintenir un grand nombre d’indigènes, sans ressources, dans une grande capitale. Mais si la CONAIE échoue, une terrible période réactionnaire pourrait nuire à plusieurs autres petits mouvements combatifs, syndicaux, étudiants et populaires », a averti Sacta.

 Dans la région de Cuenca, il raconte qu’une partie du secteur des transports a rejoint les mobilisations contre le gouvernement Lasso.

 Violations des droits de l’homme

 Sacta a énuméré certaines des mesures adoptées par le gouvernement lorsqu’il a déclaré l’état d’exception, limitant les connexions Internet et interdisant le droit civil de réunion, par exemple. La police est donc beaucoup plus à l’aise pour agir avec violence.

 Selon une dénonciation publique du maire de Cayambe, Guillermo Churuchumbi, six personnes ont sauté d’un ravin pour échapper à l’assaut des forces de police, dont un jeune homme d’à peine 18 ans, qui a succombé à ses blessures.

 L’avocat Xavier Solis met en garde contre une recrudescence de la violence policière à mesure que la mobilisation populaire gagne en expressivité. Mardi soir (21), l’activiste a appris qu’une autre personne était décédée à la suite des répressions, un autre jeune indigène a été tué dans la région de Puyo, aux mains des forces répressives. L’AFP a également confirmé deux morts et au moins 90 blessés.

 À ce jour, on estime que 87 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, tandis que la police équatorienne fait état de 80 civils arrêtés.

 Les exigences du mouvement

 La CONAIE a présenté 10 demandes au gouvernement, parmi lesquelles la réduction du prix des carburants, un moratoire sur les prêts et les expulsions pour 4 millions de familles pauvres, le contrôle des prix des produits de base, la fin des lois qui précarisent le travail, la fin des privatisations et contre l’expansion des entreprises minières qui détruisent l’environnement et empoisonnent l’eau des communautés pauvres et des peuples autochtones.

 Le gouvernement est à blâmer

 Le président de droite Guilhermo Lasso, élu il y a un an, a renforcé les relations avec les Etats Unis et le FMI, ce qui a accru la pauvreté dans le pays.

 Les mesures économiques adoptées par le gouvernement ont entraîné une hausse du coût de la vie dans le pays, qui s’est aggravé à la suite des effets de la pandémie.

 La population réclame également de meilleures conditions dans les secteurs de l’éducation et de la santé, avec des structures médiocres et des salaires bas pour les professionnels, et proteste contre la violence croissante causée par le trafic de drogue dans le pays.

 La CSP-Conlutas est solidaire de la grève générale pour la défense des droits des travailleurs et des peuples indigènes en Équateur et rejette la violence de l’État contre la population ! Tout le soutien à la lutte en Equateur ! Lasso sorti !

 

Traduction Silas Teixeira

 

 

 

 

 

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