ven Fév 03, 2023
vendredi, février 3, 2023

Un soulèvement populaire au Kazakhstan ! Les troupes russes hors du Kazakhstan ! A bas le gouvernement Nazarbayev-Tokayev !

Nous publions la déclaration du POI, le groupe russe de la LIT-QI. Pour l’heure, le président Tokayev a ordonné de « tirer sans sommation » sur les manifestants, qu’il qualifie de « terroristes ». Le nombre de personnes tuées par la répression conjointe du gouvernement kazakh et des troupes russes envoyées par Poutine est encore inconnu. Plus de 3 700 manifestants ont été arrêtés.

Déclaration du POI – Russie :

Le soulèvement a commencé le 2 janvier dans la ville ouvrière de Zhanaozen par une manifestation spontanée des habitants, soutenue par les travailleurs du pétrole et du gaz. Il s’est rapidement répandu dans tout le pays. L’indignation populaire est dirigée contre la pauvreté et la hausse des prix, notamment ceux du gaz et des denrées alimentaires de base. Et ce dans un pays riche en ressources naturelles, notamment en pétrole, gaz et uranium. Pendant des années, seules les multinationales ont profité de ces richesses, ainsi qu’une poignée d’oligarques et de clans bureaucratiques dirigés par le dictateur de facto, le premier président de la République du Kazakhstan, Nursultan Nazarbayev[1]. Pendant ce temps, les gens vivent dans la pauvreté, sans perspectives.

Le soulèvement montre à quel point la population en a assez du règne ininterrompu de M. Nazarbayev et de son successeur, aujourd’hui officiellement président, Kassym-Jomart Tokayev. Il n’y a aucune démocratie dans le pays, aucune liberté, pas même ces libertés bourgeoises minimales.

Pourquoi le soulèvement a-t-il commencé à Zhanaozen ? Parce que cette ville est de facto le cœur de la région productrice de pétrole et de gaz. Une région où le prix du gaz (carburant pour les voitures) a augmenté d’environ 50 % pour la population en 2021, et où il a encore augmenté de 100 % au cours de la nouvelle année ! Zhanaozen est une ville ouvrière, avec sa propre histoire de luttes ouvrières, où une manifestation il y a 10 ans a été réprimée par balles, avec 15 morts et de nombreux blessés. Les travailleurs kazakhs n’ont pas oublié ces crimes ! Dans tout le pays, les manifestants réclament de meilleures conditions de vie, le départ de Nazarbayev, Tokayev et de leur gouvernement, le rejet du culte de la personnalité de Nazarbayev. Dans la ville de Taldykorgan, une statue du dictateur a même été démolie.

La colère populaire atteint son apogée. Dans certaines capitales régionales, les manifestants ont occupé des centres administratifs et des bâtiments des organes du gouvernement régional. Dans la plus grande ville, Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan, l’hôtel de ville a été occupé, puis complètement brûlé, pour des raisons encore obscures. On trouve sur Internet des vidéos et des rapports montrant que la police et l’armée se rangent du côté du peuple ou, au minimum, refusent de sévir. Dans certains endroits, des unités de l’armée ont été désarmées par les manifestants, sans qu’ils ne résistent.

Les autorités sont terrifiées. Tokayev a déjà limogé l’ensemble du cabinet ministériel. Il a également promis de ramener les prix du gaz aux niveaux de l’automne, de geler les tarifs de l’eau, de l’électricité et du chauffage, et d’introduire une réglementation des prix par l’État pour certains produits particulièrement importants. Toutefois, M. Tokayev a fixé à 180 jours seulement la durée de vie de ces mesures sociales. Selon des rapports de presse, M. Tokayev a même parlé de convoquer des élections générales dans le pays. De manière peu claire, la présidence du Conseil de sécurité est passée du dictateur Nazarbayev au président Tokayev. On ne le sait pas avec certitude, mais il est possible qu’il y ait une lutte au sein du régime et que Nazarbayev lui-même ait perdu le pouvoir. Ou peut-être utilise-t-il Tokayev pour se décharger plus tard de la responsabilité sur son dos. Nous ne connaissons pas encore toute la vérité, la politique kazakhe se fait toujours dans le dos du peuple. Mais le fait est que les autorités ont peur, et se sont même montrées prêtes à faire quelques concessions.

Au cours des dernières vingt-quatre heures, cependant, la situation s’est considérablement aggravée. De nombreux pillages ont été signalés dans la ville d’Almaty. Il est plus ou moins naturel que ce genre de chose se produise dans de telles situations. Les pillards, d’ailleurs, peuvent être arrêtés par les manifestants qui créent leurs propres unités d’autodéfense. C’était le cas en Ukraine pendant le Maidan. Aujourd’hui, au Kazakhstan, on ne voit pas de pillards à Zhanaozen ou dans d’autres villes où des manifestations ont lieu. Les pillards sont apparus seulement à Almaty, et on ne sait pas qui sont ces personnes. Qui a attaqué l’aéroport d’Almaty ? Qui a détruit la chaîne de télévision, au lieu d’en profiter pour s’adresser au peuple ? Ceux qui se battent contre le régime n’ont pas besoin de cela. Ni les travailleurs ni les citoyens ordinaires ne profitent du pillage. Il est tout à fait possible qu’il s’agisse d’une provocation montée par les autorités pour justifier la répression. Le changement de la façon dont les médias gouvernementaux russes se réfèrent aux manifestants en est une nouvelle indication. Le matin du 5 janvier, les protestataires sont appelés des manifestants. Le soir, ils sont devenus des « fauteurs de troubles » et des « pillards ». Un jour plus tard, ils se sont transformés en supposés « combattants » et « terroristes », qui seraient arrivés directement d’Afghanistan (peut-être, selon l’imagination des autorités, ont-ils traversé le Kirghizistan et le Tadjikistan, ou la Chine elle-même…).

Au Kazakhstan, l’Internet a été coupé, et les autres médias sont pratiquement inopérants. Cela a été fait par le régime de Nazarbayev. En fait, un blocus de l’information a été mis en place dans le pays. Il n’y a pratiquement aucune information disponible sur ces événements. Nous exigeons le rétablissement d’Internet et de tous les autres canaux de communication dans le pays ! Nous exigeons des informations objectives et en temps réel sur les événements au Kazakhstan, tant pour les habitants du pays que pour le reste du monde ! Ceci est particulièrement important et urgent à la lumière des mensonges et absurdités évidents diffusés par les médias officiels russes. Assez de calomnies contre les protestations populaires légitimes au Kazakhstan !

Sous le prétexte de lutter contre les « pillards et les émeutes », Tokayev a commis une trahison envers la nation en exhortant la Russie et d’autres pays de l’OTSC[2] à envoyer des troupes au Kazakhstan. Il n’y a pas de menace extérieure pour le Kazakhstan, personne n’attaque le pays. Nazarbayev et Tokayev eux-mêmes sont ceux qui ont poussé le peuple à protester. Ils n’ont fait que de petites concessions, des promesses auxquelles personne ne croit. Ces politiciens devraient quitter le pouvoir. Mais au lieu de cela, Tokayev a demandé aux pays de l’OTSC de réprimer eux-mêmes le peuple kazakh, dans une situation où l’armée et la police kazakhes elles-mêmes ont commencé à se ranger du côté des insurgés.

En tant que groupe de la LIT-QI en Russie, nous déclarons clairement que nous sommes CONTRE TOUTE INGERENCE AU KAZAKHSTAN INDÉPENDANT. La Russie n’a pas le moindre droit d’y envoyer ses troupes. Tout coup de feu tiré par un soldat russe sera un crime et une agression, qui fera honte à toute la Russie. Les citoyens russes, et en particulier les travailleurs qui soutiennent leur pays, doivent se dresser contre cette agression criminelle contre le Kazakhstan.

Poutine a déjà mené deux véritables guerres, en Ukraine et en Syrie. Des organisations paramilitaires privées de mercenaires russes combattent dans des pays africains, soutenant des coups d’État militaires et des dictatures. Un nouveau crime sanglant est maintenant en préparation – une intervention militaire au Kazakhstan. Poutine nourrit des illusions dans une « grande Russie », mais personne n’a besoin de cette « grande Russie », faite de sang, de honte et de misère pour les gens ordinaires.

-Tout le soutien au soulèvement du peuple du Kazakhstan !

– Sortez les troupes russes au Kazakhstan !

 – Aucune confiance a Poutine et son régime. Aucun soutien pour ses crimes contre le Kazakhstan et d’autres nations.

-Le peuple kazakh doit s’occuper lui-même de ses criminels, dirigés par Nazarbayev et Tokayev.

Notes :

[1]. Au pouvoir depuis 1989, d’abord comme premier secrétaire du Parti communiste du Kazakhstan, puis comme président de la République socialiste soviétique du Kazakhstan, et enfin comme président de la République du Kazakhstan, ce qui en fait le plus ancien des dirigeants soviétiques au pouvoir. En 2019, il passe la présidence aux mains de Tokayev, mais reste président du Conseil de sécurité de la République du Kazakhstan et président du parti au pouvoir.

[2].  Organisation du traité de sécurité collective, également connue sous le nom d’Organisation du traité de coopération et de sécurité ou simplement de traité de Tachkent.

 

Traduction : Silas Teixeira

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