dim Déc 04, 2022
dimanche, décembre 4, 2022

Sur la crise des immigrants à la frontière biélorusse-polonaise

Le mois de novembre a été marqué par de nombreux événements en Europe de l’Est, où les contradictions entre l’UE d’une part, et la Russie d’autre part, se sont intensifiées sous diverses formes. Les expressions les plus claires de cette situation ont été la crise énergétique liée à la hausse des prix du gaz de la Russie vers l’Europe, ainsi que la crise à la frontière entre le Belarus et la Pologne, où des milliers de migrants du Moyen-Orient sont en route vers les pays de l’UE.

Par : POI-Russie, le 2 décembre 2021

De nombreuses vidéos et photos prises sur place évoquent des affrontements militaires, les migrants tentant à tout prix de franchir la frontière avec l’UE, et les forces de sécurité polonaises menant une véritable bataille contre eux.

Bien entendu, ce n’est un secret pour personne que l’affrontement à la frontière entre la Pologne et le Bélarus s’inscrit dans un conflit plus large entre la Russie et l’Union européenne (ainsi que les États-Unis), qui prend des formes aussi affreuses que la crise migratoire. Poutine a sauvé son « camarade » Loukachenko de la révolution et du ressentiment populaire du peuple bélarussien l’année dernière, et continue à lui apporter son soutien en échange du maintien du Bélarus dans la sphère d’intérêt de la Russie, comme maintenant dans le cas de la reconnaissance par Loukachenko de la Crimée comme étant de facto russe. Et tant que l’Union européenne ne reconnaîtra pas Loukachenko comme un président élu et continuera à lui imposer des sanctions, le dictateur bélarussien ne pourra compter que sur l’aide de Poutine, qui vendra son pays aux capitaux russes et s’impliquera dans les jeux géopolitiques de la Russie.

Et pour Poutine, il s’agit avant tout de sauver son régime policier dans le pays, basé sur le FSB (police politique), et de préserver la domination des capitales russes et son influence dans les pays de la CEI. Jusqu’en 2020, le point le plus douloureux pour le régime de Poutine et pour la préservation de la « grandeur » de la Russie était l’Ukraine. Gagner la guerre contre l’Ukraine, conserver la Crimée conquise et ramener ainsi le plus grand pays de la CEI (après la Russie elle-même) dans sa sphère d’intérêt était et reste la tâche principale de Poutine.  La révolution au Belarus en 2020 a créé une nouvelle menace pour le régime de Poutine, car un soulèvement démocratique de masse contre Loukachenko pourrait devenir un exemple pour les propres citoyens russes, et affaiblir le lien entre le Belarus et la Russie. De la même manière que lors de la guerre du Karabakh dans le Caucase (lorsque la Turquie est intervenue dans la sphère d’intérêt de la Russie) et de la révolution au Kirghizstan contre les autorités corrompues, qui vendent les ressources de leur pays et laissent le peuple sans rien (ce qui explique pourquoi les Kirghizes quittent leur pays en masse).

Les politiciens européens et américains, qui défendent les intérêts de leurs banques et de leurs entreprises, ne sont pas disposés à accepter toutes les mesures prises par Poutine pour préserver son régime et la « grandeur » de la Russie. Ces politiciens se sont présentés pendant des années comme de prétendus défenseurs de la démocratie et de la liberté. Mais la vérité est qu’ils ont toujours été prêts à faire des affaires avec n’importe quel dictateur, tant qu’ils peuvent mener à bien leurs affaires. De même, depuis des années, la dirigeante de l’Union européenne, Mme Merkel, mène un « dialogue » avec Poutine, utilisant le fouet des « sanctions » et la carotte des « accords gaziers ». Le plus important a toujours été et reste le même : veiller à ce que Poutine, de son côté, assure la bonne marche des affaires. Le président russe, pour son malheur, a vacillé en 2014 et n’a pas réussi à freiner la révolution ukrainienne. Au lieu de cela, comme un enfant capricieux, il a annexé la Crimée et fait de cette « réalisation » une source de fierté pour les citoyens russes. Poutine ne veut qu’une chose de l’UE et des États-Unis : qu’ils reconnaissent son droit à la Crimée, à sa sphère d’influence, qu’ils reconnaissent le droit de la Russie à imposer l’ordre et le contrôle dans les pays de la CEI, et que l’UE et les États-Unis mènent leurs affaires dans ces pays exclusivement par sa médiation. Mais dans le même temps, la Russie elle-même reste profondément soumise au capital de l’UE et des États-Unis, le pays tout entier est dans la pauvreté alors qu’il transmet des quantités colossales d’argent aux banques occidentales. Les entreprises russes sont toutes endettées, la technologie est entièrement européenne et américaine. Malgré toute la propagande, les citoyens russes vivent dans la pauvreté et la misère. Les routes, les écoles, les logements, les hôpitaux, les personnes âgées, tout cela révèle la crise profonde et la stagnation dans lesquelles nous vivons depuis des années, sans aucune lumière en vue. Aucune parade militaire et aucun missile ne peuvent le cacher.

Les contradictions de la Russie avec l’UE et les États-Unis se résument à la question de savoir si Poutine peut pacifier les révolutions et le mécontentement en Ukraine, au Belarus, en Arménie, au Kirghizstan… S’il a la force d’éteindre les protestations dans la sphère des intérêts russes, et donc de garantir l’ordre. Tant qu’il y aura une guerre en Ukraine et que le peuple ukrainien résistera à l’attaque russe et ne reconnaîtra pas la Crimée comme russe, Poutine s’affaiblira dans ses relations avec ses « partenaires occidentaux ». Tant que la résistance biélorusse contre Loukachenko se poursuit, clandestinement, affaiblie, impitoyablement réprimée, mais sans relâche – Poutine s’affaiblit. Tant que le peuple kirghize s’ingère directement dans les affaires de son propre pays, Poutine s’affaiblit. Tant que le mécontentement grandit en Russie même, Poutine s’affaiblit.

Et en quoi est-il fort ? Dans la répression contre les dissidents en Russie. Dans la répression contre les Tartares de Crimée. Dans la suppression de la conscience nationale des nombreux peuples non-russes de Russie. En renforçant ses bases militaires dans le Caucase et en Asie (soi-disant contre l’OTAN, aux banques de laquelle affluent les capitaux russes et à laquelle est garanti un approvisionnement ininterrompu en gaz). En encourageant le dictateur tadjik contre la révolution kirghize. Dans des exercices militaires ostentatoires en mer Noire contre l’Ukraine. En plaçant des troupes près des frontières avec l’Ukraine.

Aujourd’hui, Poutine utilise Lukashenko pour faire pression sur l’Union européenne. Et Lukashenko utilise les immigrants du Moyen-Orient à cette fin. Comme toujours, les travailleurs ordinaires paient le prix des jeux politiques des maîtres du monde. Lukashenko, comme cela l’arrange, trompe sordidement et sans vergogne les immigrants, qui fuient les conditions de vie insupportables dans leurs pays. Les immigrants ne sont que de la viande pour l’oppresseur sans scrupules au service de Poutine. Ces manœuvres de Lukashenko et de Poutine ne peuvent provoquer que du dégoût chez les travailleurs.

Dans le même temps, nous condamnons la politique menée de longue date par l’Union européenne à l’égard des immigrants. L’OTAN et l’UE portent habilement des masques démocratiques pour dissimuler leurs crimes. La vie terrible en Irak, que les immigrants fuient, est le résultat de l’invasion militaire des États-Unis et de leurs alliés européens depuis 2002. La guerre en Syrie, d’où provient un autre flux de réfugiés, est également le résultat des politiques corrompues des diplomates européens envers le dictateur Assad (et, bien sûr, le résultat du rôle sanglant joué par la Russie). Les réfugiés d’Afrique sont le résultat des politiques coloniales des pays européens. L’UE est donc la principale responsable du fait que les immigrants sont contraints de quitter leur pays. Nous nous associons de tout cœur à la demande de nombreux citoyens européens d’ouvrir les frontières à tous !

Poutine et Loukachenko aurons moins des possibilités de défendre leur pouvoir. Et nous exigeons également la fin de la politique honteuse de persécution des immigrants au sein même de la Russie. A bas le FMS, le service russe de contrôle des immigrés ! A bas le système des permis de travail pour les immigrants ! À bas les enregistrements et les permis de logement ! Nous sommes tous une classe ouvrière ! N’oublions pas que les citoyens russes eux-mêmes ont été transformés en immigrants à l’intérieur de leur propre pays, l’enregistrement et les permis de séjour étant exigés d’eux ! A bas toute cette perversion bureaucratique contre les travailleurs ! Nous sommes tous une seule classe ouvrière ! Il n’y a aucune différence entre les immigrants et les autochtones !

Le site web « Partisans biélorusses » a publié l’histoire d’un Biélorusse contraint de quitter son pays à cause de la répression, et qui a donné sa maison de campagne près de la frontière aux immigrants. Un digne exemple de solidarité !

Traduction Silas Teixeira

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