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Le non marchand en lutte

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Les journaux et la télévision nous tiennent au courant des dernières nouvelles concernant ceux et celles qui se sont remplis les poches au frais du « contribuable ». Ces révélations, qui ne constituent que la partie visible de l’iceberg, choquent d’autant plus les travailleurs qu’on leur enjoint de se serrer la ceinture afin  « d'équilibrer le budget », c'est-à-dire de garantir les bénéfices des grandes entreprises et de leurs actionnaires Les coupes dans le budget de santé font partie de cet « effort », déjà bien avant le gouvernement Michel. Cela ne fait que renforcer les attaques envers les travailleurs, comme partout en Europe d'ailleurs, crise du capitalisme oblige. 

   Une autre paire de manches est de faire accepter cela par les travailleurs. Récemment, le secteur non marchand, particulièrement touché par les dernières mesures de Maggie De Block, a recommencé à se mobiliser. Par cette lutte, ils défendent leurs conditions de travail, mais aussi l’accès de tout un chacun à des soins et des services sociaux et culturels accessibles, humains et de qualité. A ce propos, nous reproduisons ici une interview à Véronique, militante du secteur non marchand, infirmière dans un hôpital public bruxellois, plus spécifiquement un hôpital pour enfants.

 

On a vu que depuis quelques mois, le secteur non marchand a repris la mobilisation. Où en est, à l’heure actuelle, la lutte du non marchand ?

Au mois de novembre, le secteur non marchand est descendu dans la rue pour remettre à l’ordre du jour son cahier de revendications, spécifiquement pour le non-marchand et les hôpitaux privés, car il n’y avait plus aucun rendez-vous avec la ministre De Block et son cabinet pour en discuter. Là-dessus, sont venues se superposer les décisions gouvernementales d’imposer 900 millions de restrictions budgétaires dans tout ce qui était soins de santé et donc les hôpitaux en général. D’autres personnes sont aussi venues en plus à cette première manifestation pour montrer qu’ils n’étaient pas d’accord avec ces restrictions budgétaires, d’autant plus qu’au début du gouvernement, Maggie De Block avait dit qu’elle ne toucherait pas à la santé.

Pourquoi concrètement le secteur des hôpitaux se bat-il ? Quelles sont les revendications ?

D’abord, nous nous battons déjà en permanence avec nos autorités locales, car quand nous mettons un sujet à l’ordre du jour, cela prend des mois avant d’obtenir des réponses ou une solution. Nous sommes quasi en permanence en train de demander de respecter des protocoles qui avaient déjà été négociés et qui ne sont pas respectés par nos autorités. Et la réponse classique de nos autorités est qu’il n’y a pas de budget ou que ce n’est pas financé. Demander des revalorisations salariales, ou demander qu’une personne monte de barème (dans la fonction publique, nous sommes payés selon des barèmes), c’est compliqué. Alors, il y a des personnes qui ont des diplômes différents et qui font le même travail et des collègues qui travaillent côte à côte depuis 10 ans et l’une est payée au barème D, alors que l’autre est au barème C. Par contre, engager des gens pour le cadre, ça, on n’hésite pas ! Je ne sais pas combien d’engagements il y a eu dans la direction. J’ai perdu le compte. Dans tout le secteur de gestion, c’est énorme. Mais, par contre, sur le terrain, dans le personnel soignant, nous sommes restés dans les normes d’agrément qui sont fixées par arrêté royal, et nous sommes restés dans celles de 1986, si je ne me trompe pas. Il faut savoir qu’en 1986, la durée moyenne de séjour était beaucoup plus longue et que cette durée moyenne a chuté entre temps en dessous de 10 jours. Cela veut dire que dans un même lit où avant on mettait une personne, par exemple, pendant 10 jours, cette personne était admise, on faisait les tests, les examens, peut-être une intervention, elle était soignée puis elle rentrait à la maison. Alors qu’aujourd’hui, on fait la même chose en 5 jours : mêmes examens, etc. Donc, sur les mêmes 10 jours, il y a deux admissions et deux sorties, deux fois plus d’examens, etc. Mais il n’y a pas plus de personnel, alors que le mode de financement des hôpitaux a changé : ils sont normalement financés en fonction de l’activité justifiée, et donc, si l’activité augmente, le financement lié à cette activité augmente aussi. Et bien, on n’a pas augmenté le personnel dans les unités de soin.

Quelle est jusqu’à présent la réponse de la ministre ?

En ce qui concerne la relation avec le cabinet de la ministre (qui, je le précise, semble être purement KUL, donc flamand-catholique, parlons vrai), il n’y avait ni concertation ni discussion, que ce soit avec les représentants des travailleurs, donc les syndicats, que ce soit avec les organisations professionnelles, en tout cas très peu, et idem pour les directions des hôpitaux. Les échos que moi j’en ai, c'est que c’est difficile d’avoir quelqu’un, et quand on est reçu, c’est souvent par un subalterne. Maintenant on commence à être reçu, mais les documents ne sont pas envoyés à l’avance et on s’arrange pour bien séparer les divers interlocuteurs.

Le secteur va-t-il continuer à se mobiliser ?

Je ne suis pas directement impliquée dans la mobilisation : c’est surtout la CSC qui a décidé de lutter. Ils sont dans une sorte de plan de 100 jours puisqu’ils se sont donnés 100 jours pour discuter et négocier avec le cabinet, pour faire avancer le cahier de revendications. La manif a eu lieu le 21 mars, donc d’ici 100 jours, peut-être vont-ils refaire une action, c’est possible. Mais le secteur des hôpitaux, et de la santé en général, ce n’est pas un secteur qui bouge vite. Nous avons eu la première fois 17 000 personnes dans la rue, la seconde fois 14 000 personnes. Cela veut dire que les gens ne sont pas contents. Cela veut aussi probablement dire que les gens sont en souffrance, puisque l’essentiel du travail de soin, c’est quand même de l’énergie humaine. Il y a des machines, mais il y a quand même beaucoup d’énergie humaine là-dedans !

   Moi, je vois cela dans un cadre plus large. Il n’y a pas que le cadre belge, la politique de restriction budgétaire belge. Il faut voir cela dans un cadre européen, si pas mondial. En Europe, ils sont en train d’appliquer des recettes bien libérales, conseillées par le FMI ou par la commission européenne. Les gouvernements sont pris à la gorge, car ils ont signé, il y a quelques années, ce fameux « 6 pack » du TSCG, qui les coince dans une politique budgétaire extrêmement sévère où ils ne peuvent pas dépasser leurs budgets et doivent diminuer leur déficit. Nous sommes donc dans une spirale descendante, où d’année en année, ils appliquent leurs mesures de restrictions, et cela provoque un déficit dans leurs recettes fiscales et dans leurs recettes de cotisations sociales. L’année d’après, ils se retrouvent donc avec un trou encore plus grand. C’est ce qu’on vient de voir maintenant lors du dernier conclave budgétaire : on vient de voir que le trou dans la sécurité sociale s’était encore agrandi et qu’ils ne comprenaient pas très bien tous les tenants et aboutissants. Une partie est explicable, mais une partie est due au fait qu’ils avaient budgété trop haut les revenus via la TVA. Et comme il y a une diminution de la consommation, car évidemment si vous mettez tout le monde au chômage, et que ces mêmes chômeurs vous les chassez du chômage, ce sont des gens pauvres, ils n’ont plus de revenus. Ils vont donc dépenser le strict minimum, c’est-à-dire manger et avoir un toit. Et si les gens ne dépensent plus d’argent et bien il n’y a plus de TVA ! Nous sommes donc dans cette spirale qui tire tout vers le bas. Et on nous retire donc de l’argent dans la Santé, mais aussi dans la Justice, également touchée depuis plusieurs années. Par contre, on met de l’argent dans la défense, où on peut se permettre de dépenser 3 milliards pour de nouveaux avions. Ce sont des choix budgétaires.

 
 

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