ven Fév 03, 2023
vendredi, février 3, 2023

Pour la destruction de « l’état gendarme » d’Israël

Le caractère génocidaire de ces attaques féroces de l’armée israélienne sur Gaza, la Cisjordanie et le Liban mettent à l’ordre du jour la nécessité d’effectuer de grandes mobilisations unitaires en solidarité avec les peuples palestinien et libanais, pour exiger la fin des atrocités et le retrait immédiat des troupes. Dans diverses villes du monde, on organise déjà des activités de ce type et les militants de la LIT-QI y prennent part activement, impulsionnant certaines. Mais dans cet article nous voulons aborder un sujet beaucoup plus profond qui divisera sûrement ceux qui se retrouvent tous ensemble dans la mobilisation : la nécessité de détruire l’état d’Israël comme condition pour qu’il y ait la paix en Palestine et au Moyen-Orient.

Dans cette édition et dans la précédente de Courrier International (voir CI 116, février 2006), nous analysons la fondation de l’état de l’Israël comme une combinaison de deux caractéristiques. D’une part, il s’agit d’une enclave coloniale : c’est le résultat de l’usurpation du territoire historique palestinien par des colons juifs provenant de diverses parties du monde, en utilisant des méthodes terroristes d?expulsion des habitants. Cette usurpation a été promue par les puissances impérialistes (l’Angleterre d’abord, les Etats-Unis ensuite) et l’organisation sioniste mondiale, puis légalisée par l’ONU en 1947. Postérieurement, l’usurpation s’est étendue à des portions encore plus grandes de territoire.

D’autre part, cette enclave coloniale a été transformée en un « état gendarme » armé jusqu’aux dents et au service de l’impérialisme. Une véritable « forteresse » dont le pouvoir militaire est dirigé, d’abord, contre le peuple palestinien et, ensuite, représente une menace constante contre la lutte des peuples arabes. Il n’est pas rare que Bush se réfère à Israël comme « son allié stratégique » au Moyen-Orient.

Ce caractère de l’état sioniste (enclave coloniale au service de l’impérialisme) est la source principale de la situation de conflit militaire permanent de Moyen-Orient. Il ne s’agit pas, comme l’impérialisme et les amis du sionisme voudraient nous le faire croire, de conflits qui naissent « de la haine entre deux peuples » et de leur impossibilité « de vivre en paix ». Par son essence, Israël ne peut seulement subsister que comme un état raciste, en guerre permanente, repressif et genocidaire. L’actuelle agression simultanée en Palestine et au Liban est un exemple clair de cela. À tel point que l’argentin Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix en 1980, qui défendait le droit à l’existence d’un état juif, affirme aujourd’hui qu’Israël est « un état terroriste » (Clarín, 14/7/2006).

 

Pour une Palestine laïque, démocratique et non-raciste

Pour ces mêmes raisons, nous réaffirmons qu’il ne pourra pas y avoir de paix au Moyen-Orient si n’est pas détruit l’état d’Israël, tout comme il ne pouvait pas y avoir de paix, par exemple en Afrique du Sud, sans détruire l’état raciste de l’apartheid, ou en Algérie dans les années 60, sans détruire la domination coloniale française.

Dans les années 1960 et 1970, l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP), récemment fondée, et qui avait unifié la majorité des organisations politiques de ce peuple, proposait comme mot d’ordre, tout à fait correctement, la nécessité de détruire l’état d’Israël pour récupérer son territoire historique et y construire une Palestine laïque, démocratique et non-raciste. Une Palestine qui garantirait le droit de retour de millions de réfugiés et émigrés palestiniens, et dans laquelle pourraient vivre tous les juifs disposés à coexister en paix, comme ce fut le cas durant les siècles où les juifs vivaient dans le monde arabe. Cette consigne de l’OLP est devenu un patrimoine commun de la gauche mondiale.

 

La capitulation

Malheureusement, Yasser Arafat et la direction de l’OLP ont abandonné cette consigne dans les années 80 pour adopter la proposition des « deux états », c’est-à-dire l’acceptation de l’existence de l’état de d’Israël et la création « d’un mini état palestinien », non-viable géographiquement et économiquement. Les vieilles directions nationalistes bourgeoises arabes, comme le nassérisme en Egypte, ont aussi pactisé avec Israël.

Cet abandon de sa consigne constitutive par l’OLP a été suivi, malheureusement, par la majorité de la gauche mondiale. Cette gauche a adopté de fait les positions du « sionisme de gauche » et, par cette voie, a capitulé aux propositions de l’impérialisme européen.

D’autre part, cette capitulation des courants arabes nationalistes laïcs et de gauche a laissé libre cours aux organisations fondamentalistes islamiques, comme le Hamas ou le Hezbollah : comme celles-ci maintenaient l’appel à détruire Israël et appelaient à le combattre, elles ont gagné un appui de masses. Mais ces courants proposent que, une fois Israël détruit, soit construit en Palestine un état à caractère théocratique, ce qui signifie un recul clair par rapport à la proposition originale de l’OLP. La responsabilité de ce recul n’incombe pas aux masses arabes, mais aux courants « progressistes » et de gauche qui ont abandonné cette lutte.

 

Une discussion concrète

La nécessité de détruire l’état d’Israël n’est pas une discussion abstraite ou théorique. Elle se pose dans la réalité et pour l?action, dans la mesure où il y a une guerre en cours, avec des forces militaires en lutte contre l’armée sioniste, qui attaquent des villes israéliennes.

Les organisations de gauche à travers le monde doivent répondre clairement aux questions suivantes. Sommes-nous favorables oui ou non au développement de la guerre actuelle, jusqu’à mettre en échec complètement l’armée sioniste et détruire l’état d’Israël ? Sommes-nous favorables oui ou non à l?intensification des actions du Hezbollah, du Hamas ou du Jihad Islamique contre la population de l’enclave coloniale israélienne, à ce qu?elles deviennent toujours plus effectives, comme avec les bombardements actuels contre la ville Haïfa ? Sommes-nous favorables oui ou non à l?intervention des gouvernements arabes -quel que soit leur caractère – dans cette guerre pour faciliter la destruction de l’état d’Israël ?

Ceux qui répondent négativement ont cessé d’être révolutionnaires pour être, selon les mots de Lénine, « de simples pacifistes petits-bourgeois ». De notre part, nous réitérons notre réponse positive : nous sommes avec les masses palestiniennes, libanaises et arabes pour la destruction de l’état d’Israël. Toutefois, contrairement aux courants fondamentalistes islamiques, nous le faisons dans la perspective de la consigne constitutive de l’OLP : « Pour une Palestine Laïque Démocratique et Non-Raciste ».

 

Déclaration du Secrétariat International, de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale (LIT-QI) – juillet 2006.

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