ven Fév 03, 2023
vendredi, février 3, 2023

Le fondamentalisme musulman

Le fondamentalisme musulman

 

Nous reproduisons partiellement un article de Angel Parras, La question de l’islamisme et la gauche mondiale, publié dans la revue Marxisme Vivant N° 11. La politique que nous devons défendre en tant que révolutionnaires, face aux courants comme le Hamas, y est analysée.

« L’islamisme est devenu un phénomène mondial, et a acquis une influence de masse dans les pays où l’impérialisme est aujourd’hui plus agressif. Ce phénomène s’inscrit dans un processus de réorganisation ouvrière au Moyen-Orient, en Asie et au Maghreb.  (.) La particularité des pays arabes ou musulmans ne peut dissimuler le fait que l’essence du débat est la même partout dans le monde : quelle doit être la position des révolutionnaires face à l’impérialisme ? ».

Son caractère
Les courantes islamistes existent comme tels depuis le début du 20ème siècle, (…) mais ce n’est que depuis 1980, après la révolution iranienne, qu’ils se transforment en un phénomène croissant dans le monde musulman. (…) Ce sont les courants affrontant ouvertement l’impérialisme qui ont gagné davantage de sympathie et de prestige dans le mouvement de masse des pays musulmans. Après la débâcle du stalinisme et de l’ancien nationalisme bourgeois pan-arabe des années 60-70, ils ont occupé un espace dans la résistance contre l’impérialisme et les gouvernements pro-impérialistes. Quelles sont leurs principales caractéristiques?
a) Ce sont des directions bourgeoises et petites-bourgeoises, qui s’appuient sur différents secteurs économiques, sur la hiérarchie musulmane (chiites ou sunnites) et qui font de l’Islam la référence collective face à la recolonisation impérialiste. Ils sont soutenus par le mouvement de masse, les mobilisations et les manifestations, et ont conquis leur espace politique, en raison de l’exclusion dont sont victimes les peuples des colonies et semi-colonies, exclusion renforcée par le processus mondial de centralisation des capitaux et par le pillage impérialiste. Par essence, ce sont des secteurs bourgeois qui s’opposent à l’impérialisme, dans la mesure où ce dernier les exclut comme capitalistes.
b) Ils proposent « des états islamiques » : des régimes bonapartistes et dictatoriaux, avec une façade religieuse, qui s’opposent à tout processus révolutionnaire. Ils poursuivent les militants ouvriers et jeunes, et tout courant qui s’oppose à leurs plans politiques et à leurs doctrines réactionnaires (…). Dans tous les cas, de par leur nature bourgeoise et théocratique, ils ne sont jamais conséquents dans leur lutte contre l’impérialisme.

Deux critères opposés
La caractérisation politique des courants politiques ne peut être déterminée par leur idéologie, bien que celle-ci soit une composante de cette caractérisation. L’essentiel est le caractère de classe de ce courant, sa politique et son programme, ce qu’ils disent et ce qu’ils font dans la lutte de classes, leur relation avec le système social dominant, l’impérialisme, et leur lien avec le mouvement de masses. Il ne faut pas chercher l’élément déterminant dans la superstructure (l’idéologie) mais dans la structure (la lutte de classes). (…) La majorité de la gauche mondiale utilise un critère de raisonnement diamétralement opposé : l’idéologie est le fil conducteur de toute sa caractérisation et, par conséquent, de la définition de la politique. C’est pourquoi la question de la religion pèse tant dans la définition selon laquelle ces courants sont essentiellement réactionnaires et pré-capitalistes.

Quelle est la politique qui s’impose face à ces courants?
Une discussion sur la politique à mener face aux confrontations entre ces courants islamistes et l’impérialisme s’est ouverte dans la gauche mondiale. Il y a ceux qui disent qu’il s’agit de deux secteurs également réactionnaires et que la politique doit être d’appeler « à la paix ». (…) D’autres les comparent au fascisme et justifient par conséquent les coups militaires contre eux (…). Beaucoup d’organisations soutiennent que, contrairement aux courants bourgeois et petits-bourgeois d’autres pays coloniaux et semi-coloniaux, avec les courants islamistes on ne peut faire aucun accords d’unité d’action et de lutte dans le camp militaire contre l’impérialisme,. Cette position est justifiée en affirmant que le fondamentalisme islamiste est seulement anti-impérialiste et anti-capitaliste parce qu’il prétend nous faire retourner au féodalisme (…) et nous devons les combattre autant que l’impérialisme.
C’est une position totalement erronée. Comme nous l’ont appris Lénine et Trotsky, lors de la confrontation d’un pays plus faible contre l’impérialisme, (…) nous défendons la défaite de l’impérialisme et, par conséquent, le triomphe du pays attaqué, indépendamment du caractère réactionnaire de sa direction et de son régime. Le fondamentalisme est un phénomène semblable au nationalisme bourgeois. Par conséquent, tout en préservant l’indépendance politique et de classe et sans donner aucun soutien politique à ces directions, nous appelons à l’unité d’action avec les courants islamiques qui font face à l’impérialisme. (…)
Nous combattons les directions en mettant en avant les besoins de la lutte de classes, de la lutte contre l’impérialisme et les gouvernements valets de l’impérialisme. Nous devons démasquer leur inconséquence, leur bavardage, leur soumission aux intérêts bourgeois, leur faux « égalitarisme », comme partie intégrante de ce combat, et nous le faisons dans la perspective de la lutte des travailleurs et non celle du « combat à la religion ».

Les racines sociales de l’islamisme
Les médias occidentaux (…) identifient systématiquement des millions de travailleurs et de jeunes musulmans avec le « fanatisme religieux ». S’en faisant l’écho, une bonne partie de la gauche européenne explique le phénomène islamiste par « le retard et l’ignorance des gens de ces pays ». Si le développement de l’islamisme se fonde seulement sur ces facteurs, pourquoi les masses n’ont-elles pas limité leur sentiment religieux à assister aux mosquées ? Pourquoi, au lieu d’un développement religieux passif, l’islamisme s’associe-t-il aujourd’hui à une montée monumentale des luttes, à l’irruption de millions de gens dans la vie politique, à des insurrections et à des révolutions? (…)
Il s’agit de chercher les racines du phénomène dans sa base matérielle. C’est pourquoi Lénine ajoutait : « La racine la plus profonde de la religion à notre époque est l’oppression sociale des masses travailleuses, leur apparente impuissance face aux forces aveugles du capitalisme. (…) »
Ce qui explique le phénomène de l’islamisme, c’est la brutalité de l’impérialisme agonisant, les innombrables formes de labarbarie, la faillite du stalinisme et de l’ancien nationalisme bourgeois, l’inépuisable persévérance et l’héroïsme des masses, sa volonté réitérée de lutte. (…) Situer le combat contre les directions islamistes sur le terrain de la « lutte contre la religion» signifie en fait aider l’impérialisme et les ayatollahs de garde. S’il fallait résumer ce long débat en peu de lignes, avec le risque qu’implique toute définition schématique, on pourrait dire : le phénomène de l’islamisme, apparu dans les deux dernières décennies, est par essence une expression dénaturée du nationalisme. Pour les révolutionnaires, les relations avec ces courants sont déterminées, dans leurs grandes lignes, par les mêmes critères que ceux utilisés face aux directions nationalistes bourgeoises ou petites-bourgeoises, quand celles-ci se heurtent à l’impérialisme. Pour nous, le développement du sentiment religieux islamiste chez des millions de travailleurs et de jeunes a des racines sociales profondes, et toute propagande révolutionnaire contre la religion sera subordonnée à la tâche centrale : le développement de la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs.

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