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Berlusconi veut la guerre ? Il l’aura !

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Berlusconi veut la guerre ? Il l’aura !


Le 17 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont fait grève et ont manifesté dans les principales villes d’Italie. Berlusconi a tenté d’y répondre par la répression, mais le mouvement continue. A l’avant-garde du mouvement se trouvent les enseignants et les étudiants. Par dizaines de milliers, ceux-ci se sont retrouvés le 30 octobre dans les rues de Rome pour protester contre la réforme de l’enseignement, la « loi Gelmini », qui avait été adoptée la veille par le Sénat. Fabiana Stefanoni, une enseignante du Parti d’Alternative Communiste, la section italienne de la LIT-QI, fait le point sur la situation.


 


Une grande grève générale, dès maintenant, de l’ensemble du monde du travail, pour imposer le retrait du décret Gelmini et par la suite faire tomber le gouvernement policier !


 


Ce n’est pas nous qui payerons leur crise !


 


Ce n’est pas nouveau dans l’Histoire : quand les travailleurs descendent dans la rue et occupent leurs lieux de travail, les gouvernements des patrons font usage des matraques. Cela vaut pour les gouvernements de toutes les couleurs, de centre-droit comme de centre-gauche.


Berlusconi croit qu’il peut effrayer les gens : après l’affrontement contre des étudiants sans armes à Milan, il a annoncé qu’il était prêt à utiliser la force contre les milliers d’étudiants et travailleurs qui occupaient les écoles et les universités. Il pense pouvoir nous effrayer mais il oublie que nous n’avons plus rien à perdre. Si le « massacre Gelmini » de l’école publique passe, nous tous, les 200.000 travailleurs précaires de l’éducation[1], qui depuis des décennies attendons de pouvoir accéder à un poste fixe, nous deviendrons tout simplement des chômeurs.


 


En effet, l’introduction de l’enseignant unique[2] dans l’école primaire n’est que le premier acte d’un plan qui prévoit la disparition – par décision du gouvernement – du problème des enseignants précaires : avec la réduction des heures de cours par semaine, la fusion des classes de matières pour les concours, l’augmentation du nombre maximal d’étudiants par classe (déjà élevé à 30 par Fioroni, il atteindrait maintenant 35), il n’y aura plus de promotions à des contrats déterminés. L’épargne prévue dans le budget, sur le dos des travailleurs, est de 8 milliards d’euros. Le processus pour lequel le gouvernement a donné son feu vert prévoit la privatisation de tout le système scolaire et universitaire. Déjà avec le décret de Bersani pendant le gouvernement de Prodi (soutenu par Refondation Communiste avec le ministre Ferrero), les écoles ont été transformées en fondations de droit privé, avec pour conséquence l’ouverture au financement privé. A présent, c’est au tour des universités de subir le même sort : elles seront complètement privatisées. Le sort de tant de chercheurs et de boursiers de l’université, qui font avancer la recherche pour 800 euros par mois, est analogue à celui des professeurs d’école,c’est-à-dire le chômage.


 


Travailleurs et étudiants unis dans la lutte


 


Si Berlusconi est contraint d’en venir aux menaces, c’est parce qu’il voit que de l’autre côté de la barricade, il y a un mouvement fort. Les écoles et les universités sont occupées ; les étudiants, les enseignants et les parents sont unis dans la lutte, avec la conscience du fait que la seule voie possible pour sauver l’école publique du massacre est de poursuivre la mobilisation jusqu’au bout. Le résultat extraordinaire de la grève du 17 octobre, qui a vu des centaines de milliers de personnes dans la rue, a montré au gouvernement que les travailleurs et les étudiants n’ont pas l’intention d’accepter le démantèlement de l’école des fils des travailleurs pour donner du fric aux écoles privées des patrons et du Vatican, ou aux banquiers en crise. Sur base de ce résultat important, il faut multiplier les occupations, les expériences d’autogestion et d’arrêt des cours, jusqu’au retrait du décret Gelmini. Il est important pour le mouvement de lutte de marquer ce point en faveur des travailleurs.


 


Vers une grève générale jusqu’au bout !


 


Le décret doit être approuvé le 31 octobre et ce n’est pas un hasard si le gouvernement a annoncé qu’il serait approuvé (avec la confiance) le 29, soit un jour avant la grève générale de l’école convoquée par les syndicats Cgil, Cisl et Uil. Comme nous l’avions dit, il est grave que les bureaucraties syndicales aient décidé d’appeler à une grève quand les jeux sont faits, avec comme résultat de boycotter partiellement la grève du 17 octobre et de diviser le front des travailleurs. Mais à présent, il faut construire un plan de lutte en vue de la grève du 30 octobre, de manière à la transformer d’un rituel vide en un nouveau départ pour la lutte. Soyons conscients – et c’est une conscience qui se développe de plus en plus parmi les travailleurs en mobilisation – que seule une grève générale menée jusqu’au bout (comme celle qui a eu lieu en France, il y a quelques années) de l’ensemble du monde du travail, pas seulement dans les écoles, un grève qui mettrait à l’arrêt l’Italie et la production, pourrait arrêter les attaques du gouvernement Berlusconi.


 


Ce n’est pas nous qui payerons leur crise !


 


Le ministre Sacconi, conscient du fait qu’une époque de luttes s’annonce, a déjà fait part de son intention de remettre en discussion le droit de grève. Les travailleurs n’attendront pas. La crise du système capitaliste frappe non seulement les travailleurs de la fonction publique mais aussi tous les autres travailleurs, à commencer par les ouvriers. Les luttes qui aujourd’hui commencent dans les écoles continueront dans les usines. On annonce une époque de licenciements, de restructurations, de faillites. Comme le récitent les universitaires en lutte dans leurs couplets : les patrons vont vouloir nous faire payer la crise, mais nous, nous ne pensons pas payer cette crise.


Dans les luttes d’aujourd’hui comme dans celles de demain, les révolutionnaires interviendront pour construire avec loyauté et abnégation des comités de lutte, des occupations et des assemblées permanentes. Et pour faire avancer cette conscience qui est déjà en train de prendre forme, que ni les gouvernements de centre-droit ni ceux de centre-gauche ne pourront donner une réponse à ceux qui aujourd’hui sont en train de payer la crise du système, c’est-à-dire les travailleurs et les jeunes. Seule une perspective révolutionnaire, ouvrant la voie vers une économie socialiste, planifiée sur base des besoins des masses et non au profit de quelques-uns, dirigée par un gouvernement de travailleurs, fera éviter le gouffre vers lequel le capitalisme en faillite pousse l’humanité.


 


 


Vendredi 30 octobre 2008


Ecole : Continuons la lutte sans attendre un référendum


Grève générale jusqu’au bout


A bas le gouvernement Berlusconi !


 


Hier, le parlement a approuvé le décret Gelmini, qui maintenant fait force de loi. Mais les lois ne sont que des feuilles de papier : elles ne reflètent que le rapport de forces. Les places publiques pleines d’hier, la grève d’aujourd’hui (même si appelée avec du retard par la bureaucratie syndicale) et les grandes manifestations de ce matin sont la démonstration qu’il faut continuer à se battre afin d’imposer par la lutte la défaite du gouvernement et son renversement, sans attendre le référendum[3] proposé par le Parti Démocrate et le Parti de la Refondation Communiste, les forces qui ont mis en ouvre le massacre actuel de l’école avec le gouvernement précédent.


 


Le gouvernement Berlusconi se trouve en difficulté. Il a d’abord annoncé une intervention de la police, puis, devant l’échec de cette menace, face à des manifestations de plus en plus grandes, il a décidé de laisser le terrain libre (hier à Rome) aux groupes de choc fascistes, couverts par la police. Mais même cela n’a pu freiner un mouvement gigantesque et croissant. Il faut organiser immédiatement des formes d’autodéfense des manifestations, afin que les cortèges ne soient pas à la merci de groupes de choc, avec ou sans uniformes.


 


Pour que le mouvement puisse grandir et vaincre, aussi bien contre l’attaque envers l’école que contre l’attaque globale anti-ouvrière que Berlusconi prépare pour faire payer la crise du capitalisme aux travailleurs, il faut renforcer et développer les liens entre les mobilisations des étudiants et des travailleurs, mettre sur pied des structures de coordination nationale des luttes, construire une grande grève générale unitaire et prolongée jusqu’à la chute du gouvernement.


 


Les militants du Parti d’Alternative Communiste s’engagent ces jours-ci dans chaque cortège, dans chaque assemblée, afin de soutenir cette perspective.


 








[1] En Italie, une grande partie des enseignants – dont l’auteur de ce texte – ont souvent un statut précaire, avec des horaires dispersés, pendant plusieurs dizaines d’années. L’obtention d’un poste fixe est soumise à des concours avec très peu de places disponibles à la clef. La nouvelle loi prévoit de durcir encore ces conditions en fusionnant des « matières proches », comme par exemple l’électronique et l’électrotechnique.


[2] La réforme réintroduit l’enseignant unique dans les classes, alors que depuis plus de vingt ans, en Italie, on compte trois enseignants pour deux classes, dans toutes les écoles maternelles et primaires publiques. – Les notes sont de la traduction.


[3] Après l’adoption de la loi Gelmini par le Sénat, Walter Veltroni, le maire de Rome, le chef de file du Parti Démocrate et de l’alliance Arc-en-ciel lors des élections où il a été vaincu par Berlusconi, a proposé de récolter des signatures pour obtenir un référendum abrogatoire contre la loi. Il a eu le soutien de Rifondazione dans cette initiative.

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