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Transports publics… et droit de greve

Le Tribunal du Travail de Nuremberg a interdit la greve des conducteurs de train de la Deutsche Bahn. En France, une nouvelle loi sur le service minimum dans les transports publics terrestres en cas de greve a ete promulguee. Et en Belgique, a la fin du mois d'aout, le coup de gueule du patron de Ryanair a servi une fois de plus a remettre le debat sur le service minimum sur la table. Voila le chemin sur lequel la bourgeoisie europeenne a decide d'avancer.

 

Cela se fait, bien entendu, au nom de la « defense des usagers », mais il s'agit bel et bien de defendre les interets financiers de ceux qui n'ont d'autre souci que d'extraire des benefices du « service public », sans trop se soucier « des usagers ».

 

Par le moyen de la greve, qui a pu s'imposer par une lutte tenace comme un droit, une multituded'acquis ont ete obtenus. En s'attaquant au droit de greve ca et la, dans certains secteurs, selon le contexte, les gouvernements europeens creent les jurisprudences de demain, et tentent de preparer un terrain de « paix sociale » pour pouvoir detruire encore plus en profondeur le niveau de vie de l'ensemble des travailleurs. Ryanair, une trahison des dirigeants syndicaux

 

En qualifiant la greve du week-end du 15-17 juin qui a paralyse l'aeroport de Charleroi d'« injustifiee et illegale », Michael O'Leary, le patron de Ryanair a finalement obtenu des garanties sur la continuite de ses affaires. Le 24 aout, une declaration d'intention a ete signee dans laquelle les « partenaires » sanctionnent tout d'abord la greve du mois de juin, et dans laquelle ils s'engagent ensuite a respecter le pacte relatif a la privatisation des services de securite des aeroports wallons, qui etait la cause de la greve de juin. De plus, cette declaration precise que toute greve devra etre annoncee au moins 48 heures a l'avance et que les departs des avions de Ryanair seront garantis.1

 

Quels sont ces « partenaires » ? Non seulement la Region wallonne, par la main de Andre Antoine, ministre wallon de l'economie et du transport (CDH), et Philippe Courard (Fonction publique), mais aussi les syndicats. et en front commun ! La CSC-Services publics et la CGSP ont signe cette declaration, au plus grand mepris des interets des travailleurs : mepris tout d'abord de la greve qu'ils sanctionnent, des conditions de travail a venir dans le cadre prive, et du droit de greve qui, dans les faits, sera dorenavant serieusement mis a mal sur le tarmac carolo.

 

Y a-t-il seulement eu une reaction a de la FGTB, qui s'est toujours prononcee contre le service minimum ? Une propagande persistante pour le « service minimum » Le cas de Ryanair est la derniere illustration de l'offensive patronale sur la question du droit et de la legitimite d'une greve, mais cela fait des mois que chaque occasion est bonne pour que gouvernement et patronat se fassent echo dans les medias pour tenter de nous convaincre qu'il est indispensable d'introduire un service minimum.

 

Au printemps, la Federation des Entreprises de Belgique (FEB) avait utilise la greve a l'aeroport de Zaventem pour annoncer dans la presse que le « debat sur le service minimum doit avoir lieu

d'urgence ».2 Depuis les greves de la TEC durant la meme periode, Andre Antoine annonce sur son site que la reflexion doit porter « non seulement sur le service minimum au sein du transport public, mais aussi plus globalement sur l'ensemble des services essentiels dans le cadre des missions de service public et des missions d'interet general. »3 En mars, le groupe MR du parlement wallon avait mis une petition en faveur du service minimum sur internet. Et cet ete, l'informateur Reynders reprend le theme dans son rapport : « L'acces aux ports maritimes et aeroports doit etre assure en toutes circonstances. ».

 

Quant a l'Open VLD, il estime qu'il ne faudrait pas limiter le service minimum au secteur public, mais l'etendre egale ment au secteur prive. Le service minimum serait partage par tous et ineluctable, et s'il les « debats » n'aboutissent pas, la FEB preconise que « le gouvernement

devra prendre des dispositions legales en vue d'imposer un service minimum ».4

 

La « defense des usagers »

 

On nous repete inlassablement que les voyageurs des transports publics (TEC, SNCB, aeroports, etc.) ne doivent pas etre « pris en otage ! », ou encore, que « l'usager paie, le service doit lui etre

rendu ! », etc. On voudrait nous faire croire que le service minimum est indispensable, evident, normal, contre lequel seuls les irresponsables et les extremistes se battent encore.

 

Ces arguments servent tout d'abord au gouvernement a decredibiliser le mouvement de greve, a voiler les revendications des grevistes et a remettre toute la responsabilite des defauts de l'entreprise (publique) sur eux. Si otage il y a, n'est-ce pas le gouvernement qui prend en otage les passagers lorsqu'il decide deliberement, et a l'insu des voyageurs, de reduire les dotations des services publiques au mepris de la qualite du service rendu, ou l'employeur, comme Infrabel (gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire), lorsqu'il decide par exemple de sous-traiter les travaux sur les voies et que l'on y retrouve des interimaires non formes au dangers que cela represente ?

 

C'est bien contre le recul de ces conditions de travail – que les travailleurs connaissent bien et ne cessent de denoncer – que ceux-ci partent en greve. D'ailleurs, lorsque les travailleurs decident de partir en greve contre une nouvelle mesure imposee, pourquoi ne pas exiger de suspendre la mesure jusqu'a arriver a un accord, et de garantir de cette facon la continuite de service aux usagers. Dans ce sens nous pourrions impliquer plus les travailleurs, mais aussi les usagers, dans la gestion du service.

 

La greve, une confrontation de classe

 

La force de la greve est justement de se faire entendre, en tapant la ou ca fait mal. C'est bien en invoquant les prejudices beaucoup trop important sur l'economie allemande que le tribunal de Nuremberg a interdit la greve des conducteurs de trains de la Deutsche Bahn. C'est un veritable

bras de fer, des deux cotes, si l'on nous impose une action, il doit y avoir reaction.

 

Un autre aspect de cette propagande sont ces greves dites « sauvages » lorsqu'elles n'avaient pas ete annoncees ou qu'elles se deroulent en dehors du cadre des syndicats. Ces greves spontanees

font aussi partie de ce rapport de force. A cette occasion, les passagers qui patientent se rappelleront que la grande majorite des retards sont dus a des problemes de dysfonctionnements de service, dus au anque d'investissements publics, et ils n'auront plus qu'a esperer que cet arret de travail pourra enfin arranger les choses pour l'avenir. Les grevistes ont dans ce sens tout interet a informer les passagers, a justifier leur action, a appeler a la patience

et leur solidarite.

 

Le discours patronal, gouvernemental et des medias en general dit vouloir defendre les usagers, mais la politique qu'ils soutiennent est celle de la privatisation, celle de la Commission europeenne avec des « service d'interet general », la politique ou la notion de service offert au public est remplacee par la logique liberale de profit et de clientele. Du point de vu des travailleurs, que ce soit les usagers ou ceux qui mettent en oeuvre ce service, ils ont en fin de compte les memes interets : defendre le caractere publique de l'entreprise, defendre un service de qualite, sur, et gratuit.

 

Pour ce faire, il faut pouvoir tout d'abord surmonter les obstacles ideologiques qui divisent la classe des travailleurs, lutter contre la propagande continue et commencer par retrouver une unite autour de la defense du droit de greve, contre l'instauration d'un service minimum.

 

L'arret de travail est le moyen de revendication fondamental et essentiel de notre classe, notre meilleure arme pour nous imposer face au patronat et dans ce sens, il doit et devra pouvoir s'exercer sans restrictions. Dans ce combat, nous exigeons et nous vous invitons a exiger que les

syndicats prennent des a present leurs responsabilites et organisent de maniere consequente la mobilisation la plus large et unitaire possible. De meme que, face a la repression inevitable, on ne saurait jamais trop insister sur la defense des militants licencies ou intimides de quelconque maniere suite a leurs actions dans la lutte. Sur base des faits, nous jugerons dans quelles mesures les dirigeants syndicaux sont prets a defendre de tout leur poids ces libertes syndicales

essentielles.

1 L'Echo, 23.08.2007

2 La Libre Belgique, 25.08.2007

3 www.andre-antoine.be

4 www.vbo-feb.be, communique13.07.2007

 

Allemagne

La decision du tribunal de Nuremberg :

une attaque brutale contre le droit de greve

( Une contribution de camarades de Berlin )

 

Le 8 aout dernier, le Tribunal du Travail de Nuremberg a interdit la greve envisagee par les conducteurs de train, aussi bien dans le transport des passagers comme dans celui des marchandises. Les juges etaient d'opinion qu'une greve nationale provoquerait un enorme prejudice a l'economique populaire Le droit de greve a ete acquis par des luttes tres dures de la classe ouvriere.

 

L'interdiction montre clairement de quel cote se trouve la Justice. Et elle montre surtout le vrai visage de la democratie bourgeoise. Pour le jugement en refere de Nuremberg, la menace du president de la Federation Nationale des Industries Allemandes (BDI), Jurgen Thumann, etait suffisante : « Le transport ferroviaire est strategique pour le fonctionnement de l'economie ». La mesure a provoque des reactions critiques de secteurs du mouvement populaires et des specialistes en droit du travail. Wolfgang Daubler, professeur de l'Universite de Bremen, disait : « De cette maniere, il ne pourra y avoir des greves en Allemagne que si personne n'en subit un prejudice et que tous les concernes s'en felicitent. ».

 

Mais que se cache-t-il derriere cette interdiction ? Une greve de courte duree ne serait pas un facteur de destabilisation dangereux de l'economie. Beaucoup d'entreprises, comme Siemens, disent euxmemes qu'ils feront les livraisons par camion ou par bateau. De plus, l'Allemagne est un des pays en Europe qui compte le nombre de jour d'arret pour greve le plus bas.

 

Pour nous, la bourgeoisie allemande cherche a infliger une grande defaite aux grevistes et veut intimider l'ensemble de la classe ouvriere. D'autre part, une greve d'envergure dans les Chemins de fer menacerait le processus de privatisation, dans lequel il s'agit de benefices gigantesques. Defendre le droit de greve ! Le motif de la greve fut une juste revendication salariale. Actuellement, le salaire de base d'un machiniste est de 1.970,07 ? brut par mois et le syndicat revendique 2.500 ?. Il est bon de rappeler qu'un machiniste travaille jusqu'a 14 heures d'affile, de nuit, le week-end, a Noel, et qu'il n'a droit qu'a 20 dimanches libres par an. D'autre part, les salaires des 8 membres les plus importants du Comite Directeur de la compagnie ferroviaire ont connu une augmentation de 62,5% l'annee passee, ce qui eleve leur salaire a 20 millions d'euros par an, et que le Conseil de Surveillance a triple ses revenus pour arriver a 875.000 ? par an !

 

Nous devons promouvoir des campagnes de solidarites, partout ou c'est possible, et soutenir les grevistes par d'autres mesures. Sinon, ce n'est qu'une question de temps pour que d'autres syndicats soient confrontes avec la restriction de leurs droits.

 

Solidarite avec les machinistes et leur syndicat !

A bas la repression et l'intimidation juridique !

Pour la liberte du droit d'organisation syndicale et de greve !

Contre la privatisation des chemins de fer !

Berlin, le 19 aout 2007.