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Plus que jamais : troupes impérialistes hors d’Irak !

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Plus que jamais : troupes impérialistes hors d’Irak !

Déclaration de la Ligue Internationale des Travailleurs Quatrième Internationale, à l’occasion des mobilisations du 18-19 mars 2006


Ce 18-19 mars, trois années après le début de l’occupation militaire impérialiste de l’Iraq, il y a une journée internationale de mobilisations, exigeant le retrait immédiat de ces troupes.


Ces mobilisations ont lieu peu de temps après l’attentat qui a détruit la mosquée d’Askariya, dans la ville de Samara, considérée comme un lieu sacré par les musulmans chiites; après cet attentat, de nombreuses attaques contre des centres religieux sunnites ont eu lieu, ainsi que des meurtres et des confrontations entre des secteurs des deux communautés, avec un solde de centaines de morts.


La plupart de la presse mondiale présente ces faits comme un échantillon de la « violence sectaire et religieuse » entre chiites et sunnites, et le « risque de guerre civile » comme une justification pour la permanence des troupes occupantes. Il s’avère donc indispensable de se demander à qui profiterait cette guerre civile. Pour répondre à cette question, nous devons d’abord voir ce qui c’est passé durant ces trois années d’occupation impérialiste en Iraq.
 
 
L’échec d’une politique


En mars 2003, les troupes impérialistes des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés ont obtenu une victoire militaire rapide ; ils ont renversé le gouvernement et le régime de Saddam Hussein, ont dissout son armée et ont installé un régime colonial, basé sur les troupes envahisseurs. Les espoirs de Bush, que cette victoire permette d’installer un gouvernement collabo solide, permettant ainsi de retirer rapidement la plupart des troupes, ont toutefois vite été durement réfutés par la réalité.


Peu de temps après l’occupation, une véritable guerre de libération du peuple irakien s’est mise en route, une guerre qui, à travers des attaques et des attentats, a commencé à acculer de manière croissante les troupes d’occupation et les a empêché de dominer réellement le pays. Les gouvernements de Chalabi et d’Allawi n’ont obtenu presque pas de soutien politique et les élections frauduleuses de janvier 2005 n’ont pas modifié essentiellement le panorama.


Les occupants ne sont pas non plus parvenues à inverser la situation avec les attaques génocides à des populations civiles, comme celle de Fallujah en 2004, ou l’emprisonnement, la torture et le meurtre de milliers de prisonniers, dans la prison tristement célèbre d’Abu Grahib et d’autres semblables. Pour cette raison, des éléments de crise ont commencé à apparaître dans les troupes envahisseurs, comme les suicides, les désertions et la consommation de drogues. Les 150.000 soldats envoyés par Bush se sont avérés insuffisants pour dominer l’Iraq, mais l’envoi de troupes en nombre suffisant (400 ou 500.000) devient impossible dans les actuelles conditions politiques des Etats-Unis.


En même temps, la coalition des envahisseurs a commencé à se fissurer. L’Espagne a dû retirer ses troupes après la chute d’Aznar, Berlusconi perdra sûrement les élections en Italie et seulement Blair a survécu, mais très affaibli. Beaucoup d’autres composants plus petits de la coalition se sont déjà retirés ou ont fixé la date pour le faire. D’autre part, dans les Etats-Unis eux-mêmes, l’opposition à la guerre augmente et le soutien à Bush est en chute libre.


Ainsi s’est ouvert la possibilité que l’impérialisme yankee soit mis en échec militairement en Iraq, face à la résistance héroïque des masses irakiennes, comme cela s’est passé au Vietnam dans les années 60 et 70. Ce fait est reconnu, même par la presse et les politiciens américains.


Diviser pour régner


Face aux différents échecs de sa politique, l’impérialisme yankee a misé de plus en plus sur les accords avec la hiérarchie religieuse et la bourgeoisie chiite, liée à Iran, et avec la bourgeoisie kurde du nord du pays, en essayant de légaliser tout l’accord avec de nouvelles élections. Dans cette politique, il a reçu le soutien de l’impérialisme français et de l’allemand, qui s’étaient opposés à l’invasion mais « légalisent » maintenant l’occupation.


Dans le cadre de cet accord, une nouvelle constitution a été sanctionnée qui avance dans la division virtuelle du pays sous prétexte de le « fédéraliser ». Sur la base de démarcations religieuses et ethniques, elle crée des « zones autonomes », chacune avec son propre gouvernement : les oligarques kurdes Talabani et Barzani, dans le Nord du pays, et les chiites collabos du CSRI (Conseil Supérieur de la Révolution Islamique) et le Dawa, dans le Sud. Il s’agit précisément des zones qui contiennent les gisements pétrolifères. Le « gouvernement central » de Bagdag, zone de prédominance sunnite, aurait sa juridiction réelle limitée à un grand désert. Bush essaye d’appliquer ainsi le vieux principe de « diviser pour régner ».


De cette façon, l’impérialisme a commencé à promouvoir le plan « d’iraquiser » la guerre, c’est-à-dire de préparer des forces armées collabos qui font face à la résistance, garantissent le contrôle du pays et lui permettent ainsi de retirer une partie des troupes d’occupation.


Les escadrons de la mort


Un élément de cette politique « d’iraquiser » la guerre a été la création « d’escadrons de la mort » liées au gouvernement, pour attaquer les gens suspects de sympathiser avec la résistance et pour encourager les confrontations entre chiites et sunnites. Le plus connu est celui qu’on appelle l’Armée Badr, en relation avec le CSRI, le principal parti chiite du gouvernement colonial. Le Badr est responsable de nombreuses attaques contre des sunnites et des chiites adversaires de l’occupation, avec des centaines de victimes. Citons parmi elles le meurtre de 47 passagers d’un autobus qui retournait d’une manifestation pour l’union du peuple irakien, quelques jours après l’attentat de Samara. On l’accuse aussi d’administrer une prison secrète dans les sous-sols du ministère de l’Intérieur.


La création des « escadrons de la mort » a reçu aux Etats-Unis le nom « Opération Salvador », à cause de sa similitude avec la politique appliquée dans ce pays d’Amérique centrale dans les années 80 pour faire face au FMLN (Front Farabundo Martí de Libération Nationale). Ce n’est pas par hasard que Bush a envoyé en Irak celui qui était à l’époque ambassadeur en Honduras, John Negroponte, qui a beaucoup « d’expérience » dans ces opérations.
 Les attentats


Il s’avère donc évident que les attentats comme celui contre la mosquée d’Askariya, vont dans le sens de la logique « d’iraquiser » la guerre et de mener le peuple irakien à une confrontation fratricide, au lieu de l’unir de plus en plus contre les troupes d’occupation et leurs agents locaux (comme le gouvernement de l’actuel Premier ministre Ibrahim al-Jáfari).


Il y a des informations selon lesquelles des milices de l’Armée Mehdi (dirigé par l’ecclésiastique chiite Muaqta el-Sadr, adversaire de l’occupation impérialiste) ont réagi après l’attentat et ont attaqué des secteurs sunnites. Cela a obligé leur dirigeant à retourner rapidement d’un voyage en Iran et à appeler, très correctement, « tous les Irakiens, sunnites et chiites, musulmans et non musulmans, à une manifestation à Bagdad pour exiger la sortie des forces d’occupation ».


Pour tout ce que nous venons de dire, la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale condamne ces attentats comme des provocations au service de l’occupation impérialiste. Beaucoup d’entre eux sont sûrement l’ouvre directe de l’impérialisme lui-même, comme on a vu l’année passée avec la détention à Bassorade deux agents secrets britanniques, vêtus à l’arabe et portant des bombes et des détonateurs, que l’armée britannique a ensuite libérés par la force. Dans le cas de la mosquée d’Askariya, il est significatif que sa garde permanente avait été réduite de 35 à 5 soldats le jour de l’attentat, ou que le travail hautement professionnel de ceux qui ont mis les explosifs n’ait pas été remarqué par les troupes américaines et irakiennes qui patrouillent la zone de façon permanente.


L’ambassadeur des Etats-Unis en Iraq lui-même, Zalmay Jalilzad, a reconnu de fait la responsabilité impérialiste dans cette dynamique de guerre civile en disant que « l’invasion de l’Iraq a ouvert une ‘boite de pandore’ de violence ethnique qui pourrait conduire le pays à la guerre civile. La question est : quelle est la suite? » (Los Angeles Times, 8/3/06).


Notre condamnation de ce type d’attentats ne changerait en rien si ces derniers avaient été effectués par des groupes comme celui d’Al Zarqawi-Al Qaeda, car cela ne changerait rien à leur caractère de provocation contre le peuple irakien, qui profite seulement aux occupants.


Unité pour faire face à l’occupation et à ses agents


L’enjeu est immense pour l’impérialisme en Iraq : un retrait dans les conditions actuelles signifierait la reconnaissance d’une défaite et l’abandon de son objectif de contrôler de manière directe la seconde réserve pétrolière du monde. D’autre part, ce fait met à l’ordre du jour que le peuple irakien nationalise et récupère la souveraineté sur le pétrole. Si l’impérialisme se retire de l’Iraq, ce sera un dangereux précédent d’impuissance qui encouragerait la lutte de tous les peuples du monde. L’impérialisme serait, plus particulièrement, très affaibli dans la zone du Moyen-Orient, une zone stratégique par ses richesses pétrolières, où il fait face aussi à des situations de crise en Palestine et à la confrontation avec le gouvernement iranien.


Le seul chemin possible est donc l’expulsion des troupes d’occupation et à leurs agents collabos, comme l’ont fait les Vietnamiens en 1975. L’attentat d’Askariya ne peut pas faire perdre de vue l’essentiel de ce qui se passe en Iraq : une guerre de libération, une lutte pour récupérer la souveraineté et l’indépendance du pays, met en échec les troupes impérialistes.


La LIT-QI considère qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’unité des chiites, sunnites et laïques est nécessaire pour que ce triomphe puisse devenir réalité. Il s’agit d’abord de défendre l’unité territoriale de l’Iraq contre les tentatives de division de l’impérialisme et ses agents chiites et kurdes de l’actuel gouvernement d’al-Jáfari (Dawa), al-Hakim (CSRI), Talabani (UPK) et Barzani (PDK). Nous condamnons toutes les actions qui attentent à cette unité.


La Guerre de Libération Nationale de l’Iraq est aujourd’hui la principale confrontation entre l’impérialisme et le mouvement de masses à l’échelle mondiale. Dans l’occupation se joue une bonne partie du destin de l’actuelle politique de l’impérialisme américain. Une défaite de Bush et des Etats-Unis ouvrira des conditions beaucoup plus favorables pour l’avance des masses du monde entier.


C’est pourquoi, la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale soutient inconditionnellement la lutte militaire de la résistance iraquienne, (même si nous maintenons nos critiques politiques à ses directions). Nous sommes pour la défaite politique et militaire de l’impérialisme et de leurs collabos iraquiens et pour leur expulsion de l’Iraq afin d’obtenir un Irak libre et souverain.


14 mars 2006


Secrétariat International de la Ligue Internationale des travailleurs


Quatrième Internationale
 
 

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