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Comment la bourgeoisie utilise Refondation Communiste

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Un projet contre les travailleurs


Le nouveau projet de Bertinotti et Mussi au nom de la gouvernabilité bourgeoise…


(Traduction : Delphine Michel)


 


Comment la bourgeoisie utilise Refondation Communiste


 


 


 


En janvier, après avoir participé à l’approbation de budgets scandaleux, Franco Giordano (Secrétaire général du Parti de la Refondation Communiste-PRC) discernait lors du sommet de l’Union, à Caserta, une «nouvelle phase ». Grâce aux ressources de persuasion de Refondation sur les forces de l’Union, Fassino lui-même s’est convaincu de «faire coïncider réformes et équité » , remettant le gouvernement «en syntonie avec le peuple ».


 


Et, avec ces garanties «à notre peuple », ils ont développé une pincée d’humour pour les medias, après une interview, à Versan, sur les privatisations et un article de Padoa Shioppa sur les magnifiques vertus de la rigueur (pour les travailleurs), Refondation a montré à la bourgeoisie qu’elle avait fait un bon pari en approuvant à une grande majorité la présence du PRC dans le gouvernement. La bourgeoisie sait qu’il n’est possible de lancer une attaque contre la classe ouvrière, sans précédent dans toute l’histoire républicaine, qu’avec l’appui de la bureaucratie syndicale et du PRC : ils ont ainsi réussi à obtenir une importante diminution des heures de grève, dès la première année du gouvernement de centre-gauche (si on le compare à la dernière année du gouvernement de centre-droit).


 


Les « communistes » du gouvernement n’ont pas effrayé la bourgeoisie, pas même un instant, puisque il était clair que, comme toujours, quand les partis ouvriers entrent dans les antichambres du pouvoir du système capitaliste, leur rôle a toujours été de freiner les luttes. Pour savoir comment le faire, ils ont donné libre cours à la magnifique dialectique des Russo Spena (« nous avons voté les douze propositions de Prodi, car nous ne nous en contentons pas et voulons la lune ») des Gagliardi et des Migliore. Des individus qui sont devenus maîtres en l’art de vendre des bouteilles de Lambrusco, coupé à l’eau, en les faisant passer pour un «Barolo » d’excellente cuvée.


 


La guerre sociale contre les travailleurs se combine avec une guerre militaire à l’extérieur, un renfort patriotique au service du capitalisme italien. Aucun gouvernement n’avait osé en faire autant : retraites, TFR, augmentation du budget militaite, augmentation des troupes et des armes en Afghanistan.


 


Le même Giordano (s’adressant dans ce cas aux patrons, peut-être pour les mettre en garde contre l’indigestion) s’est permis de rappeler que «Cofindustria (la patronale italienne) avec les derniers budgets généraux, a obtenu plus que jamais auparavant». Et ce n’était que l’apéritif, auquel succédèrent des plats plus savoureux qui étaient au menu des « douze points » avec lesquels le gouvernement est sorti de la crise parlementaire.


 


Renforcement du gouvernement et affaiblissement du PRC


 


Mais les arguments que le groupe dirigeant de Refondation utilise pour convaincre ses militants et son milieu politique sont moins convaincants, pour qui possède un peu de jugeotte. Ce n’est pas raisonnable de continuer à promettre le « temps des dédommagements », alors que le gouvernement annonce « le temps des sacrifices ». L’épouvantail du retour de Berlusconi » , n’est pas non plus raisonnable quand, grâce aux politiques de l’Union, le centre-droit est en train de se développer, autant au niveau social (comme les sondages l’indiquent), qu’au niveau électoral.


 


C’est pour cela, la confusion augmente, et l’insatisfaction se traduit par des protestations contre la bureacratie syndicale et contre Bertinotti (désigné comme «le traître »), d’abord par les travailleurs de Mirafioris (FIAT) et ensuite par les étudiants universitaires de Rome. C’est pourquoi la situation interne de Refondation connaît un évident et rapide déclin. Néanmoins, s’il y a un renforcement de la majorité de Bertinotti, rejoint maintenant par le courant de Claudio Grassi et le courant «Être communiste » (qui lors de la conférence de l’Organisation à Carrara a voté la motion de Giordano retirant la lutte « anti-impérialiste » et de «parti » au milieu des embrassades et de l’émotion générale), les cercles (organisations de bases de Refondation) sont en train de disparaître. Le PRC a été mâché et recraché par le gouvernement comme on faisait avant avec le tabac. Et les militants sont de plus en plus remplacés par les arrivistes. C’est ce qu’a déclaré Giordano, à Carrara, en invoquant la nécessité de « nouvelles règles » internes pour combattre les manifestations de mauvaises habitudes, qui en réalité sont le fruit du choix gouvernemental du parti, choix qui l’éloigne des luttes et substituent aux nécessités collectives les ambitions individuelles.


 


Pour acquérir une légitimité, en tant que force au pouvoir, aux yeux de la bourgeoisie , les dirigeants de Refondation, se voient obligés de manger des détritus en faisant l’éloge du chef – mais plus la bourgeoisie reconnaît leur confiabilité (la presse fait chaque jour l’éloge de la distante élégance du président de l’assemblée), plus ceux-ci se distancient des travailleurs, moins ils seront capables de contrôler leurs mobilisations, et par conséquent moindre sera leur utilité pour la bourgeoisie (qui bien sûr ne sait pas quoi faire avec les déclarations de Bertinotti sur la «ville des hommes », ou sur Kant, si elles ne permettent pas d’assurer la «paix sociale »). C’est là la contradiction de Refondation, mais de manière générale, c’est là le problème de toutes les forces sociales-démocrates dans une époque qui se caractérise par l’échec historique de la Social-Démocratie.


 


Que veut-on construire avec le projet de Mussi et Bertinotti ?


 


Pour sortir de cette impasse, Bertinotti attend le lancement d’un nouveau et plus grand parti social-démocrate : c’est là le projet auquel il travaille avec la gauche de la DS (ex-PCI) de Mussi et Salvi, qui ont rompu lors du congrès de la DS, avec D’Alema et Fassino, décidés à construire un parti démocratique.


 


Le nouveau parti devrait compter sur un nombre d’adhérents deux fois plus important que celui de Refondation (Mussi a obtenu 15% au Congrès, à peu près 38 mille votes et presque 80 mille adhérents), mais avec une insertion syndicale bien supérieure. Le «projet » devrait donc construir un parti social-démocrate plus fort qui serve de béquille au gouvernement libéral, dont le principal appui serait le Parti Démocratique. Les références (symboliques) au «communisme » disparaîtraient ou seraient progressivement réduites (comme dans le cas du symbole du PCI devenu PDS). Le nouveau parti aurait pour tâche de garantir l’appui politique et syndical du mouvement ouvrier au gouvernement des patrons.


 


La gauche critique : est-ce utile de revenir au Bertinottisme originel ?


 


Contre ce projet anti-ouvrier, ni une opposition relative, ni des petits partis dotés de leaders de poids, ni même des petits projets un peu plus à gauche ne serviraient à rien, même au nom d’un supposé retour au bertinottisme originel, comme le propose Turigliatto (dirigeant mandeliste) avec la Gauche Critique et son projet «incompatible avec la guerre ». Certainement, un «appui critique » ou « extéieur »  au gouvernement de la bourgeoisie – comme l’a proposé Tutigliatto au congrès nationale de la Gauche critique – ne sert à rien, ce qui ferait la différence, c’est une opposition de classe dans les rues, les locaux de travail et même au sein des institutions bourgeoises. Pas un parti qui occupe l’espace ouvert par Refondation avec la social-démocratie, plus lié au mouvement social et qui prétendrait (selon les mots de Turigliatto) aiguillonner le gouvernement impérialiste. Il faut un nouveau parti communiste de militants, qui suive le programme du marxisme, puisse apuyer immédiatement les luttes nécessaires pour freiner les attaques de la bourgeoisie et relancer un programme réel d’alternative de classe sur le plan national et international, s’inscrivant dans la contruction d’un parti mondial. C’est à ce projet que travaille, avec ses modestes moyens, mais avec beaucoup de ténacité, le PdAC, section de la Ligue Internationale des Travailleurs. C’estce que font tous les jours dans tant de villes italiennes, des centaines de travailleurs et de jeunes. C’est ce que nous proposons à tous les militants qui rejettent le capitalisme et ses gouvernements et donc toutes les variantes bigarrées de la social-démocratie.

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