Home Afrique Sommet Afrique-France : le festival du pillage impérialiste

Sommet Afrique-France : le festival du pillage impérialiste

 

Les 15 et 16 février 2007 se tenait à Cannes le 24ème sommet Afrique-France. Réunissant autour de Jacques Chirac la plupart des dirigeants des Etats Africains, cette rencontre avait un double objectif. Dernière grande manifestation francoafricaine avant la fin du règne chiraquien, elle devait reconsolider les liens entre l’impérialisme français et ses alliés africains mais également envoyer un signe fort aux concurrents impérialistes (Etats-Unis, Royaume-Uni…) qui bataillent pour gagner ou agrandir leur part du gâteau Afrique. Le défunt Empire colonial français n’aura pas laissé qu’un goût amer aux capitalistes qui, du commerce d’esclaves au pillage des ressources naturelles, avaient fait de l’Afrique un des ferments du développement du capitalisme français.

 

L’abandon du pouvoir politique par l’occupant colonial n’a pas remis en cause les intérêts de la bourgeoisie au sein des anciennes possessions françaises. Sans revenir en détail sur plus d’un siècle d’exploitation forcenée du continent africain par la bourgeoisie française, donnons un exemple du « rôle positif de la colonisation » : le massacre, en 1960, du peuple Bamiléké (1) au Cameroun (les estimations varient entre 300 000 et 400 000 morts) par l’armée française, en tant que direction des forces camerounaises. Aujourd’hui, les conflits qui ensanglantent l’Afrique sont les conséquences d’un siècle de politique coloniale fondée sur l’asservissement et le développement de rivalités « interethniques » souvent inexistantes avant l’établissement du pouvoir colonial. La politique du « diviser pour mieux régner »..

 

Les travailleurs africains n’ont cessé de résister aux impérialistes, et ce malgré les récurrentes trahisons de la plupart des dirigeants indépendantistes. Si l’Afrique peut s’enorgueillir d’avoir donné certains des plus grands leaders de la lutte anti-impérialiste (Lumumba), le rôle criminel du stalinisme dans les luttes d’émancipation nationale a grandement contribué à la non remise en cause des intérêt économiques de l’impérialisme.

 

Denis Sassou N’Guesso en est un exemple éloquent : dirigeant du Parti Congolais du Travail (PCT, d’obédience stalinienne), il fut au coeur des relations entre les transnationales françaises présentes au Congo Brazza (Total, ex-Elf.) et l’Etat français. Et c’est grâce au soutien sans faille de ce dernier, que N’Guesso s’est maintenu au pouvoir. Aujourd’hui, le commerce congolais est contrôléquasiexclusivement

par des étrangers ; le bois et le pétrole, principales exportations, sont tous deux exploités par des

compagnies françaises.

 

Afin de sauvegarder son pré carré en Afrique, l’impérialisme français a su, au lendemain de la « décolonisation », maintenir à sa botte les Etats issus de ses ex-colonies. Grâce à deux outils complémentaires : les accords de coopération militaire qui permettent le stationnement permanent de troupes françaises en Afrique (voir encadré 1), et le franc CFA qui donne autorité à la France dans la gestion monétaire des économies des pays de la zone CFA. A ce titre, le remb oursement de la « dette » (voir encadré 2) stagne et maintient les économies africaines sous tutelle.

 

Plus récemment, les accords passés entre Nicolas Sarkozy et les présidents du Sénégal, Abdoulaye Wade, et du Mali, Amadou Toumani Touré, afin qu’ils sélectionnent en amont les migrants selon les critères établis par la loi dite de l’immigration choisie, confirme la soumission des dirigeants africains aux diktats de l’impérialisme français. Cependant, la grève générale en Guinée (2) a prouvé la volonté des masses africaines à lutter. Et les récentes manifestations au Zimbabwe résonnent comme un écho de la lutte acharnée des travailleurs guinéens. Mugabe, dirigeant zimbabwéen, bloque la réforme agraire qu’il avait lui-même engagée.

 

Après avoir appelé à l’expropriation des fermiers blancs, il a confisqué la plupart des terres, redistribuées par la suite à son entourage, une nomenklatura qui spolie et s’enrichit par l’exploitation d’immenses domaines agricoles, alors que le peuple peine à se nourrir.

 

La réponse populaire aux vols et aux privations est un modèle de combativité. Mais le « soutien » de différents pays occidentaux à la résistance au régime de Mugabe ne doit leurrer personne, car les terres fertiles de ce pays aiguisent toujours bien des appétits parmi les grandes firmes agroalimentaires.

 

Aujourd’hui, tandis que les conditions d’existence du prolétariat mondial se durcissent, la fin de la croissance des forces productives se vérifie dramatiquement en Afrique. La saturation des marchés conduit le capitalisme à détruire les forces productives face à la nécessité vitale de maintenir ses taux de profit. Un exemple parmi d’autres : les laboratoires pharmaceutiques qui opèrent aujourd’hui un vaste processus de concentration du capital (3) réalisent leurs profits records sur les cadavres des morts africains, décédés faute d’accès aux médicaments génériques.

 

Non seulement l’Afrique est pillée de ses ressources naturelles, mais elle stocke maintenant la plupart des déchets les plus polluants des industries occidentales (4) : la boucle est bouclée, l’Afrique paye deux fois son tribut à l’enrichissement de quelques firmes transnationales.

 

De nombreux gouvernements occidentaux expriment leur « inquiétude » ou leur « préoccupation » vis-à-vis de la situation africaine, le dernier sommet Afrique-France était d’ailleurs axé sur le thème de « l’équilibre du monde ». En cette période d’élections, les candidats à la présidence de la République ont évoqué la situation de l’Afrique en évitant soigneusement de toucher à la racine du mal : l’impérialisme. Est-ce donc par le renforcement des cyniques forces de « maintien de la paix » de l’ONU, qui sont en réalité les forces de maintien de l’ordre impérialiste, que l’Afrique pourra « émerger » ? Est-ce par le co-développement prôné par Ségolène Royal, co-développement des profits entre capitalistes français et despotes africains, que l’Afrique va « démarrer » ? Est-ce par une « révolution écologique » que l’Afrique échappera à la barbarie des impérialistes ?

 

Il n’existe qu’un seul outil pour que les masses africaines puissent mettre un terme aux ravages du capitalisme, c’est l’organisation des travailleurs africains en partis de classe, en partis révolutionnaires unis sous le drapeau de la quatrième internationale, dans l’unité avec les travailleurs des métropoles impérialistes.

Il n’existe qu’une perspective, face au prolétariat africain, pour s’émanciper définitivement du colonialisme : c’est la construction des Etats- Unis Socialistes d’Afrique !

 

A BAS L’IMPERIALISME : TROUPES FRANCAISES, HORS D’AFRIQUE !

ANNULATION DE LA DETTE !

LIBRE DETERMINATION DES PEUPLES D’AFRIQUE :

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1) Informations : http://www.pressafrique.com/

2) Voir l’internationaliste n°65

3) Dernier exemple en date : la fusion européenne du laboratoire belge UCB et du fabricant allemands de médicaments génériques, Schwarz Pharma. Rappelons ici que les crimes des multinationales pharmaceutiques ensanglantent sans distinction l’Asie, L’Amérique Latine et le Moyen-Orient.

4) Le 19 Août 2006, plusieurs tonnes de déchets hautement toxiques (hydrogène sulfuré, mercaptans..) ont été déversées dans une décharge publique d’Abidjan. Ils provenaient du raffinage pétrolier européen. Plus de 6000 personnes ont été intoxiquées. L’Afrique s’enlise dans le remboursement des généreux prêts des pays impérialistes.

 

Les forces de l’impérialisme français en Afrique

Environ un tiers de l’armée française se trouve en Afrique, plus de 11 000 hommes. 8 600 sont présents au titre de forces pré positionnées (dites de prévention) répartis dans une dizaine de pays (Tchad, Côte d’Ivoire, Togo, Cameroun.). Ces troupes ne restent pas l’arme au pied, que ce soit pour protéger les intérêts capitalistes (Tirs sur une manifestation en Côte d’Ivoire) ou appuyer un partenaire africain en difficulté (Bombardements au Tchad).